26 avril 2016

Nouveau chimiste dans notre équipe scientifique

Crédit photo: http://www.myfunstudio.com/

Nous sommes heureux de vous présenter M. Sylvain Mercier qui agira à titre de nouveau chimiste analyste spécialisé en chimie des produits naturels. Au cours des deux dernières années, Sylvain a travaillé comme chimiste en formulation pour Les Produits Sanitaires Lépine où il a pu développer de nouveaux savons et produits nettoyants pour les secteurs résidentiels, industriels et institutionnels.

Récipiendaire d'une bourse du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) en 2009, cette distinction lui a donné la chance de faire ses premiers pas dans un laboratoire de recherche en chimie. Il a donc travaillé au début de son baccalauréat sur l'extraction de nouvelles molécules bioactives à partir d'un extrait d'écorce d'épinette noire (Picea mariana). Il a également oeuvré au Pavillon de la recherche forestière de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) comme assistant de recherche pour certains des scientifiques les plus influents dans le domaine de la biologie végétale.

En 2013, Sylvain obtient une maîtrise en chimie des produits naturels de l'UQAC. Durant son projet de maîtrise, il a eu l'occasion de travailler sur l'extraction et la caractérisation de nouvelles molécules bioactives présentes dans la résine de sapin baumier (baume du Canada). Ses travaux lui ont permis de collaborer à l'écriture de deux articles scientifiques publiés dans le Beilstein Journal of Organic Chemistry1 et dans Organic Letters2. Il est également impliqué avec la prochaine génération de scientifiques en participant notamment à une semaine thématique sur la chimie pour les jeunes de 12 à 15 ans ainsi qu'en étant juge pour les Expo-sciences locales et régionales.

Originaire de St-Félicien (Québec), Sylvain est honoré qu'une entreprise comme Phytochemia croit en son talent et lui donne l'occasion de développer son plein potentiel dans sa région natale: "Voulant être proche de la nature et vivre près de ma famille, Phytochemia me permet de me perfectionner dans un environnement exceptionnel".

N'hésitez pas à le contacter pour toute question, il se fera un plaisir de répondre à vos interrogations.
s.mercier@phytochemia.com



References

(1)           Lavoie, S. et al. Lanostane- and cycloartane-type triterpenoids from Abies balsamea oleoresin. Beilstein J. 
    Org. Chem. 9, 1333–1339 (2013).
(2)           Lavoie, S. et al. Abibalsamins A and B, Two New Tetraterpenoids from Abies balsamea Oleoresin. Org. Lett. 
    14, 1504–1507 (2012).




16 novembre 2015

Série : Comment s'en sortir avec la désinformation scientifique sur le web? — Partie III : Comment vérifier la qualité d'une référence retrouvée dans une source d'information?

Laurie Caron, chimiste, M.Sc. - Vulgarisation


Dans cette troisième partie de la série « Comment s'en sortir avec la désinformation scientifique sur le web? », le sujet abordé sera davantage en lien avec la validité proprement dite des références citées dans un article ainsi que les données rapportées en provenance de celles-ci. Dans la partie II de cette série, certains moyens ont été énumérés afin de déterminer rapidement qu'une source d'information doit être rejetée due au manque flagrant de références dans le texte. Mais, qu'en est-il lorsque la source d'information contient des références? La présence de celles-ci dans un article rend elle nécessairement cette source d'information fiable? 

Le choix du nouvel article choisi pour ce billet a été inspiré encore une fois, par le partage de liens douteux en provenance de Facebook. Ce type de partage d'information a permis d'effectuer la sélection de ce super site web de « trucs santé holistiquement naturels ».

Alors, voici le nouveau site en question : « Sain et naturel.com ». À première vue, il ressemble étrangement à celui de « Santé-nutrition.org » qui a utilisé comme exemple dans la partie II, mais à quelques différences près. Pour l’occasion, l’article suivant a été sélectionné : Voici une liste d’aliments qui contiennent plus de fer que la viande rouge.

Figure 1 : Site web Sain et naturel


En débutant la lecture de l’article, il est possible d’y découvrir un discours qui peut être qualitfié de Pro végétarien et qui prône la consommation de minéraux de fer en provenance de produits végétaux. Ce type de discours n'est pas dérangeant  en soi, car l’article peut tout de même contenir des informations valables. Mais, soyez tout de même prudents, car trop souvent, l’information retrouvée peut être, oui véridique, mais interprétée de manière à soutenir davantage la cause de l’auteur. Il faut alors prendre en compte que l’information fournie sur le sujet pourra avoir été manipulée/dirigée et ne représentera pas de façon neutre la réalité. Donc, il faut encore rester vigilant avec ce genre d’article. 

Commençons maintenant l’analyse : dans le premier paragraphe, il est possible d’y retrouver entre autres l’énumération des différents types de fer (fer héminique et non-héminique) et de son assimilation par l’organisme. Ce passage de l’article ne cite malheureusement aucune référence (mauvaise nouvelle). En effectuant une recherche sur les propos abordés de ce paragraphe, il est possible de voir que ceux-ci ont « un certain sens », c’est-à-dire que plusieurs autres sources ont été trouvées et que celles-ci corroborent les mêmes faits (bonne nouvelle). Mais attention, ne vous emballez pas trop rapidement, car l’auteur n’a quand même pas pris le temps de citer ces sources… 

J’attirerais maintenant votre attention sur la seule référence citée dans cet article soit la base de données de l’USDA (Département de l’Agriculture des États-Unis)1 qui, semblerait-il, aurait été utilisée pour fournir la grande majorité des données de ce texte (figure 2)1. Cette référence est tout de même perçue comme étant une bonne source d’informations, car elle a été mise sur pied par une agence gouvernementale qui normalement est une référence considérée comme étant crédible. 


Figure 2: Banque de données de l'USDA

Comme mentionnée précédemment, cette référence semble fiable, mais essayons tout de même de vérifier si l’auteur a bien rapporté tous les résultats. Après révision de tous les exemples d’aliments cités, il a été possible de constater que les données fournies correspondent à ce que l’auteur a rapporté dans le texte, et ce pour des portions de 100 g (figure 3)1.

Figure 3 : Exemple de donnée retrouvée dans la base de données de l'USDA.

Ceci constitue donc une bonne nouvelle en faveur des arguments de l’auteur, mais inévitablement, il y a tout de même une petite controverse avec les données. Au début de l’article, celui-ci stipule qu’il existe des aliments de provenance végétale qui contiendraient davantage de minéraux de fer (le type de fer n’est pas spécifié) que ceux d’origine animale. Afin d’appuyer sa thèse, il mentionne deux exemples de sources de fer d'origine animale: la viande hachée (type d’animal non spécifié) qui contiendrait 2.6 mg de fer par 100 g et la viande d’agneau (forme de la viande non spécifiée) qui contiendrait 1.6 mg de fer par 100g2

Étonnamment, lorsque l’on essaie de dénicher ces données dans la base de données de l’USDA, il devient soudainement plus difficile de les repérer. La figure 41 représente les résultats les plus près des données de ceux fournis par l’auteur. 


Figure 4 : Résultats trouvés dans la banque de données de l'USDA.





Comme vous pouvez le constater, les données recueillies sur les différents types de viande et leur quantité de minéraux de fer sont bien classifiées selon les différentes déclinaisons et coupes possibles de la viande sélectionnée. Alors dans ce cas, il est plutôt facile d’arranger ainsi les données en mentionnant qu’il existe des sources de minéraux de fer plus élevé dans certains produits végétales que dans la viande rouge. Cette allégation peut être vraie en partie, mais elle ne peut pas être appliquée sur l’ensemble des données comme le mentionne l’auteur avec tant de confiance. Celui-ci stipule d’ailleurs clairement les faits suivants : « La viande n’est pas la meilleure source de fer, et de loin … »2 et « Nous regroupons donc ici les aliments qui contiennent plus de fer que la viande rouge… »2

Selon le dictionnaire Larousse, la définition du terme viande rouge est la suivante : Aliment tiré des muscles des animaux, principalement des mammifères et des oiseaux3. Donc, en respectant cette définition, il a été possible de dénicher d’autres sources de viande rouge possédant plus de 2.6 mg de fer par 100 g dans la banque de données de l’USDA (figure 5)1. Curieux n’est-ce pas? 

Figure 4 : Le boeuf correspond à la définition de viande rouge selon le dictionnaire Larousse et possède une quantité de minéraux de fer pour 100g assez importante.

Je terminerais le billet suivant en qualifiant cette source d’information comme étant de qualité très moyenne. L’article contient certains propos référencés donc vérifiables et bien rapportées en provenance de la base de données de l’USDA. D’une autre part, l’auteur ne dévoile pas l’ensemble des informations disponibles et nécessaires afin d’exposer avec neutralité l’intégralité des données disponibles dans la banque de données de l'USDA.

En conclusion, je ne conseillerais pas l’utilisation de cette source d’information pour les raisons suivantes :
  • Les articles de ce site web semblent être en bonne partie influencés par l’opinion des auteurs; 
  • Lorsque l’opinion d’un auteur colore beaucoup trop un texte, il faut être vigilant, car les données utilisées servent souvent à promouvoir davantage l’opinion de celui-ci que de fournir de l’information scientifique neutre sur le sujet;
  • Il vous faudra aiguiser votre sens critique d’un article à l’autre lorsque vous naviguerez sur ce site web, car il pourra être souvent difficile de démêler le vrai du faux (manque de références et/ou influence de l’auteur sur les propos cités) sans faire préalablement vos propres recherches sur le sujet abordé; 
  •  Donc dans ce cas, il vaudrait mieux changer de source d’information tout simplement…

Dans la prochaine partie de cette série de billets, je tenterai davantage de complexifier la source d’information sélectionnée et d’y analyser plus en profondeur les résultats cités dans le texte. Vous vous apercevrez ainsi que même une source d’information réputée fiable et bien perçue par la communauté scientifique peut contenir de la mauvaise interprétation de données.

Ceci vous démontrera qu’il faut impérativement garder un sens critique bien aiguisé, et ce, en tout temps.
 

 
Références


1.          Agriculture USD of, Service AR. National Nutrient Database for Standard Reference. 2015. http://ndb.nal.usda.gov/ndb/nutrients/index.

2.          Nicolaï Van Lennepkade. Ces aliments qui contiennent plus de fer que la viande rouge. Sain Nat. 2015. http://sain-et-naturel.com/plus-de-fer-que-la-viande-rouge.html.

3.          Larousse. Dictionnaire Larousse. Les éditions Larousse. 2015. http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/viande/81788.